« Parfois, abandonner son navire vaut mieux que la noyade - ou comment j'ai appris que j'étais en dépression.
Bonjour tous,
Que vous soyez membres de ma famille, amis de tous les jours ou simple connaissance passée de mon secondaire, CEGEP, etc., la plupart me connaissent comme E., le garçon toujours ouvert aux autres, prêts à faire la fête et extraverti. Si seulement une minorité ici me connaissent réellement personnellement, vous avez au moins déjà vécu un moment de votre existence aux côtés de la mienne, et cela a une grande valeur pour moi. Car sans vous, je ne serai peut être plus de ce monde.
Aussi vais-je vous confier la vérité sur ma vie depuis un bon moment. Vous donner un hublot pour regarder à l'intérieur de mon navire, qui vogue contre vents et tempêtes depuis près de 22 ans.
Voir les différents passagers qui m'ont aidé à traverser les crises; que ce soit mes parents qui m'ont toujours et continuent de chercher mon bonheur, mes ami.e.s prêt.e.s à m'écouter lorsque je risquais une ouverture avec eux (trop rarement) ou encore mes premiers amours avec qui j'ai découvert une intimité inédite mais ô combien précieuse. Ces professeurs, coachs, mentors qui m'ont sans cesse poussés de l'avant pour atteindre un potentiel qui, s'il n'est que rarement objectivement incroyable, me faisait voir une valeur à mon navire. Bien que je ne me sois pas toujours bien comportés avec ces gens, ils m'ont malgré tout offerts leur maximum et m'ont motivé à devenir qui je suis. Ils m'ont fait gagné une bonne confiance en moi, une ouverture au monde, un désir de faire le bien.
Cependant, je veux aussi enfin exposer les saboteurs qui m'ont fait couler de plus en plus fort dans l'océan (cette allégorie est moisie je sais): mon hermétisme émotionnel, ma dévalorisation lorsque je suis en retard, ma tendance à sous estimer ma valeur dans la vie de mes proches. Bref, j'ai honte de qui je suis à l'occasion, j'ai tellement peur d'être vu négativement par autrui que je m'isole d'eux, ce qui donne le message inverse que je me fous d'eux alors que la situation est aisément réversible.
Et puis la dépression est arrivée. Je ne parviens plus à me lever, à travailler. Je me force à venir aux événements sociaux pour montrer à mes amis que je vais bien, alors que c'est loin d'être le cas. Je ne viens plus à mes cours. J'évite toutes communications. Je ne suis même pas sorti de ma chambre pour plus de 5 jours de suite. L'apathie m'a fait tombé dans le monde virtuel, avec qui j'ai déjà une forte addiction, délaissant mes réels buts de vie pour des objectifs éphémères dans des jeux, mes études liées à mes exams pour d'autres sujets comme l'histoire, la culture. Tout est devenu instantané, insipide mais distrayant. Du bien etre à petites doses, à la date de péremption déjà arrivée. Rien de constructif.
Je tiens à remercier ceux qui ont souffert de mon état, qui ont cherché à m'aider ou ont tout simplement vécu aux côtés de ma souffrance. Désolé à mes camarades de classes envers qui je retardais de façon exagérée mes remises. Désolé d'avoir manqué mes réunions. Désolé à mes proches de vous avoir menti en disant que tout allait. Je ne suis rien sans vous.
Voici donc pourquoi je quitte l'université pour au moins la session actuelle, que je désire revenir en arrière pour voir là où mon radeau s'est abimé en cours de voyage. Prendre soin de moi, autant sur le plan physique que psychologique, mais surtout m'écouter et suivre mon coeur. L'ironie d'étudier en psychologie est que lorsque rien ne va, ta matière ne fait que confirmer ton état malheureux, sans toutefois t'apporter de réponses. Tu continues au mieux que tu peux, mais tu as honte de ton rendement académique, tu es gêné de ton comportement devant tes amis, tu es tellement envahi d'affects négatifs que tu finis juste par éviter de les vivre, en dormant, t'occupant la tête. Tu finis par négliger ta santé, ton alimentation, ton sommeil et ton hygiène, mais tout te semble insignifiant.
Plus maintenant.
Plus jamais.
Merci pour tout, je vous croise bientôt en meilleure forme mes loups. Si vous voulez me parler, si vous avez senti que ma description de mon mal vous ressemblait, partagez avec moi votre histoire. Ne changez pas car je vous aime tel que vous êtes.
Thanks for coming to my TED talk »